Lutte contre la corruption: en attendant le baroud d’honneur du président Issoufou

C’était son principal thème de campagne à l’occasion de toutes les élections presidentielles depuis plus d’un quart de siècle. En tant que président de la République, il a juré à maintes reprises de livrer une bataille sans merci contre la corruption promettant d’en debarasser le Niger avant de quitter le pouvoir. Mais un premier mandat s’est ecoulé sans succès. Alors que le second mandat entre dans sa deuxième année, très peu de nigériens croient encore à sa capacité de secouer le cocotier. La lutte contre la corruption et infractions assimilées tant annoncée par le président Issoufou Mahamadou n’a tout simplement pas eu lieu.
Des proches du président seraient impliqués
Certes il y a la mise en place de la Haute Autorité de Lutte contre la Corruption et les Infractions Assimilés (HALCIA) et le renforcement de ses pouvoirs. Certes aussi il y a eu le lancement à grande pompe de l’opération Mai Boulala et le recouvrement de plus de 500 millions de FCFA, la saisie de plusieurs comptes bancaires, des biens, meubles et immeubles par la justice, selon le Procureur de la République. Certes enfin, il y a eu quelques arrestations ici et là, mais et après ? L’opération qui devait être mediatisée pour informer du jour au jour les nigériens et decourager d’eventuels candidats ne fait plus la Une de la presse nationale. Normal puisqu’il n’y a certainement rien de nouveau.
L’opinion publique reste toujours sur sa faim et à du mal à comprendre les hésitations et tâtonnement du régime alors que le président est parvenu à former une large coalition gouvernementale et dispose d’une forte majorité au Parlement, alors aussi qu’il bénéficie de deux (2) mandats successifs, soit 10 ans pour faire le ménage.
Certains n’hesitent pas à accuser des proches du président de s’être enrichis en un temps record, de rouler dans des grosses cylindrées au moment oû à Niamey « les temps sont durs », les habitants de la capitale dorment régulièrement dans le noir faute d’électricité. Un proche du president qui a requis l’anonymat a reconnu que « certains camarades et alliés venus au gouvernement ou nommés à des postes de responsabilité se servent au lieu de servir l’état ».
Le raz-le-bol
Le président Issoufou est-il aujourd’hui impuissant? Il y a quelque mois, il a demandé aux maires de rembourser des fonds tirés des « ventes à prix modérés » de céréales au lieu de leur brandir le bâton. Combien se sont acquittés à ce jour? Peut-on demander à un voleur de rembourser un magot voler?
L’opposition et la société ne cessent en tout cas de condamner l’immobilisme du régime face à un phonème qui a pris des proportions inquiétantes. On se rappelle des graves irrégularités ayant emaillé les concours d’entrée à la Fonction Publique. Des enseiIgnants contractuels sont actuellement entrain d’etre arrêtés dans différentes localités du pays dans le cadre de faux diplômes. Au même moment, des personnalités soupconner de détournement des deniers publics se sont refugiées à l’Assemblée Nationale, nommées et reconduites à des postes ministeriels ou hautes fonctions de l’état. Le sentiment général est que les gros poissons parviennent toujours à échapper à la justice.
Un lourd et encombrant héritage
« La lutte contre la corruption du président Issoufou, c’est comme l’horizon qui s’éloigne à chaque fois qu’on s’y approche: un pas en avant, deux pas en arrière » résume un acteur de la société civile. »Le classement de Transparency International ne signifie rien pour le commun des nigeriens qui ont besion du concret » explique-t-il.
« Le président pourrait en signe de baroud d’honneur relancer la lutte contre la corruption pour peut-être régler des comptes à des adversaires et mêmes des amis poltiques au sein de sa propre formation politique car comme vous le savez, sa succession n’a pas encore été réglée » indique un responsable du FA-Lumana, le principal parti d’opposition.
A Niamey, certains observateurs indiquent qu’il n’est pas prematuré de dresser un premier bilan de la lutte contre la corruption menée par le président Issoufou estimant que cette lutte demande du temps, or le président en a perdu beaucoup depuis son arrivée au pouvoir en 2011.
Les nigériens avaient placé tout leur espoir sur le président de la République. Ils l’avaient crû . C’est donc à juste titre qu’ils expriment aujourd’hui leur déception. Ils redoutent à cet effet que le chef de l’état ne laisse un lourd et encombrant héritage à son successeur.
 
Maaroupi Elhadji Sani